À l’origine d’Oxymore

L’histoire, l’origine et les intentions. — 13 octobre 2026

Une vie guidée par les odeurs

Guidée et passionnée par les odeurs depuis toujours, j’ai un nez au travers duquel je vis une grande part du monde autour de moi, ma relation aux gens, ma relation à moi-même. Mes souvenirs olfactifs sont très prégnants et mon cerveau en a retenu autant de bons que de mauvais, ce qui me guide au quotidien dans mes réflexes conditionnés d’attirance et de rejet.

Des souvenirs d’odeurs, j’en ai beaucoup. Certains m’ont laissé une empreinte particulièrement heureuse : le lait chaud à la vanille, la colle blanche à l’école, la frangipane et la fleur d’oranger. Le monoï, la mer, les crèmes solaires d’autrefois. La terre humide, l’herbe fraîchement coupée, le feu de bois et le pain grillé.

Puis viennent les épices, les gâteaux qui cuisent au four, les marchés de Provence ou de Marrakech, les jardins de la Mamounia… Des odeurs qui me ramènent immédiatement à un lieu, une saison, une sensation.

À l’inverse, certaines me repoussent avec autant de force. Notamment ce que j’appelle le « douceâtre » : une douceur trop lourde, qui peut me devenir écœurante. Je la retrouve parfois dans un parfum, parfois dans une résine brûlée. La douceur m’attire, mais pas toutes les douceurs.

Et puis, il y a les premiers souvenirs de parfum. Ceux de ma mère : Shalimar, Vol de Nuit, Mitsouko de Guerlain. Ils accompagnaient une maman toute pimpante, habillée et maquillée, prête à partir, qui venait m’embrasser alors que je sommeillais encore. J’ai longtemps associé ces sillages à la féminité elle-même.

Mon père portait Vétiver de Guerlain, presque uniquement le dimanche. Et Habit Rouge accompagnait la mère de ma plus ancienne amie, avant que celle-ci ne le porte à son tour pendant des années.

Bref. Du Guerlain.

Le parfum, pour moi, est devenu une évidence pour laquelle j’ai vite développé de la curiosité, une réelle volonté d’en savoir plus, d’apprendre et de découvrir, de comprendre les choix, de reconnaître les matières et les accords, d’analyser scrupuleusement chaque découverte. Jusqu’à l’obsession.

En choisir un chaque soir, le déposer sur mon poignet, le sentir en m’endormant, puis en me réveillant, noter mentalement mes impressions. En choisir un autre pour la journée, suivre le même rituel. En adopter un plus que les autres, en adopter plusieurs en fonction des humeurs du jour.

Travailler chez Chanel Parfums & Beauté (6 ans en parallèle de mes études, et en bénéficiant de très nombreuses formations de l’école Chanel) m’a aidée à aller plus loin que là où m'amenaient mes instincts et penchants naturels. J’y ai découvert l’histoire, la façon, l’artisanat, le choix méticuleux des matières, la préciosité des gestes, la mesure du temps, les processus de fabrication et de nombreux autres mystères pour celle qui, jusque-là, n’était que consommatrice amatrice.

Être nez moi-même ne m’a pas traversé l’esprit. Et quand bien même… j’étais partie dans des études de droit puis de marketing et n’avais que peu de talents initiaux pour la chimie ni d’appétence pour les laboratoires.

En revanche, continuer ma quête infinie du parfum parfait (qui s’éloigne à mesure qu’on le cherche…) et nourrir le rêve d’un projet autour du parfum, ça, ça ne m’a jamais quittée.

Je n’imaginais pas cela comme un job mais comme une passion personnelle, un petit truc au fond de moi qui me fait sourire, me fait voir le soleil les jours de pluie, me donne de l’envie, de l’élan, de la force…

Les parfums que j’aime

Avant Oxymore, et toujours aujourd’hui, il y a les parfums des autres. Ceux que je porte, ceux que j’aime sentir, ceux que j’admire. Voici quelques exemples de ce qui nourrit ma sensibilité olfactive, au fil des découvertes.

Vue d’ensemble de ma collection personnelle de parfums, avec les deux Heures Bleues, le N°22 de Chanel et les Profumum Roma.
Quelques flacons de ma collection personnelle, parmi les parfums qui accompagnent mon parcours.

Il y a les classiques : Shalimar et L’Heure Bleue de Guerlain, et plus largement cette signature qu’est la Guerlinade. Le N°22 de Chanel aussi, et Opium d’Yves Saint Laurent, que je ne porte pas mais que j’admire beaucoup.

Puis viennent les vanilles plus confidentielles : Vanitas et Confetto de Profumum Roma, mais aussi Gioiosa, l’un de mes préférés de cette maison. Vanilla Dry de 1907, les créations vanillées de Sylvaine Delacourte, Tihota d’Indult… Et certaines découvertes sous forme d’huiles, comme Himalayan Musk et Vanilla Musk de Nemat.

Un panier de flacons de ma collection personnelle de parfums, vu du dessus.
Des flacons réunis au fil du temps, entre découvertes et compagnons fidèles.
Deux coffrets ouverts contenant des échantillons de parfums et leurs cartes, dans la lumière du soleil.
Échantillons, notes et découvertes : le plaisir de continuer à explorer les parfums des autres.

De parfaits doudous séducteurs.

J’aime également sentir et porter des parfums dits masculins ou mixtes : Musc Ravageur de Frédéric Malle, que je trouve magnifique ; Thundra de Profumum Roma, qui m’évoque la terre au moment de la « création », terriblement addictif ; Ambre des Abysses de Houbigant, qui m’envoûte totalement. Et sur mon homme, j’aime certaines colognes d’Acqua di Parma, notamment leurs nuances douces et épicées.

Et puis, l’encens ! Dans des accords vanillés, poudrés, associé à des notes plus douces, comme dans Vanille Carbone d’Atelier Materi ou Vanilla Black Pepper de BOHOBOCO, que je trouve magique. Ou dans des expressions que je ressens comme plus brutes, chez Chapel Factory ou avec l’Eau Égyptienne de Cinq Mondes.

Mes goûts vont souvent vers des parfums orientaux, doux ou secs, vanillés ou terreux, parfois verts ou résineux. Avec quelques attirances du côté des chyprés, comme Aromatics Elixir de Clinique.

Ce que je recherche, c’est une sensation de netteté, de pureté dans l’odeur. Elle peut être puissante, laisser un grand sillage, être douce et profonde, épicée et opulente. Mais il faut que j’y retrouve cette limpidité.

À l’inverse, les accords qui me paraissent saturés, trop animaux ou douceâtres peuvent vite m’écœurer. Ce sont des perceptions très personnelles : ce qui me repousse peut séduire quelqu’un d’autre.

J’aime la profondeur, la présence, le caractère. Et cette douceur qui laisse respirer.

Puis, un jour, créer

Puis, un jour, après des années à chercher, découvrir, tester, acheter des dizaines de parfums, il m’est apparu évident que le créer moi-même était une voie naturelle, et excitante.

Je me suis alors lancée dans l’écriture du projet. Quels parfums, quelle matière, quel rituel ? Quelle émotion, quel moment, quelle humeur ? Avec qui, quel parfumeur, un indépendant, une entreprise, des artisans, des artistes ? Et puis, de manière prosaïque, mais bien plus tard, pour qui, quand, où, avec quel packaging, quelle distribution, quel prix, quel financement, quel business plan ?

Il y a certaines de ces dernières questions auxquelles je n’ai pas encore répondu à date. Mais cela ne presse pas. Je me suis focalisée sur ma passion et ce qui me paraît être le plus grand univers à découvrir pour moi… c’est-à-dire ni le marketing ni le lancement d’un projet en soi, ni même le fait de monter une entreprise.

Mais le parfum.

Ainsi, mes premiers mois de travail se sont concentrés sur le concept, la proposition de valeur et surtout, bien sûr, les matières, les notes principales.

L’origine d’un nom, la naissance d’une idée

J’étais initialement partie sur un nom de code pour le projet : Oxymore Olfactif. La transposition d’un concept littéraire à la parfumerie, de manière explicite. Puis celui-ci est rapidement devenu…Oxymore. Mais certaines complications, en passe d’être résolues, m’ont amenée à faire évoluer le nom : Oxymore.Paris. Une référence à l’origine de la création. Un nom de marque qui de manière très lisible par ailleurs donne l'indication de son adresse web.

Si l’on devait résumer ce concept en quelques mots, ce serait la création de parfums construits sur la base d’une belle vanille opulente mais sèche, laissant voir, au travers de son prisme tout particulier – la douceur, la pureté, la tendresse-, un supposé opposé olfactif : une verticale épicée, terreuse, encensée, etc. Oxymore.Paris lie harmonieusement des senteurs que l’on pourrait croire antinomiques. Ainsi, la vanille n’est jamais ennuyeuse, les épices toujours assez réconfortantes.

La gamme des 7 accords se définit autour de 3 triptyques, chacun construit autour de la même Vanille Origine et de 2 autres interprétations, offrant ainsi plusieurs humeurs pour une seule âme.

Oxymore.Paris ne fait pas le choix des genres. La liberté et la diversité sont centrales. Nous ne sommes pas tous ultra-autodéfinis en mode monolithique au sujet du parfum…

Enfin, Oxymore.Paris développera eaux de parfum, huile et brume pour enrichir un geste parfumant accueillant de manière harmonieuse les mélanges de notes et de textures au sein de la gamme.

Recherches manuscrites du nom Oxymore dans un carnet.
Les premières recherches autour du nom.

Apprivoiser les matières

En même temps que je définissais et affinais le concept et les fondamentaux de l’offre et de mes envies, j’ai commandé des matières premières pour élaborer moi-même des tests, puis des maquettes et leurs formules, en vrai et de manière artisanale dans un petit studio que je me suis aménagé à la campagne, proche de la nature et du silence, notre maison d’amour et de famille, dont on profite a minima tous les week-ends.

J’ai commandé toutes ces matières auprès d’un professionnel, à Grasse, Parfum Cosmetic World (PCW), créateur et producteur de fragrances, autant que fournisseur et distributeur mondial de matières premières, visiblement très intégré au tissu local dont l’expertise en matière de parfums n’est plus à prouver.

Macérats de vanille et de tonka dans des flacons éclairés par le soleil.
Vanille, tonka : les matières, les macérats, la lumière.

Il y en avait une soixantaine, chacune choisie avec soin mais parfois avec beaucoup d’hésitations car il y a des notes que j’adore dont je ne connais pas le nom et d’autres que je pense connaître mais que je n’ai vraiment découvertes qu’en les manipulant, d’autres enfin dont je ne pouvais imaginer qu’elles me seraient livrées sous la forme d’une poudre, d’une résine, de cristaux, d’une matière visqueuse indéfinissable…

Il m’a fallu prendre le temps de les apprivoiser, de savoir les manipuler. J’ai beaucoup lu… ça me rassurait de m’appuyer sur l’expertise et l’expérience de grands professionnels mais cela m'éloignait aussi de l’action. Il fallait que je me lance. Et c’est très intimidant.

J’ai ainsi commencé à mettre en œuvre les oxymores tant attendus. À commencer par la Vanille Origine, puis les essais avec un bouquet de matières telles que l’encens, les baumes, les résines. Puis j’ai tenté des combinaisons avec les épices, poivrées ou chaudes, ai répété le même exercice mille fois jusqu’à obtenir les maquettes les plus finalisées possibles (associées à des formulations au milligramme près, les plus précises également).

Notes manuscrites et croquis des sept accords dans le carnet de création.
Les accords prennent forme, entre mots, intuitions et essais.

Entre-temps, je me suis trompée tout autant de fois, ai tout renversé sur ma table, ai gâché un bel accord avec un trop-plein de vétiver ou de cardamome. J’ai en effet appris à mes dépens mais avec humour que certaines notes sont très, très présentes et d’autres demeurent très discrètes. Elles sont comme des personnalités qui, au contact des autres, se révèlent ou s’effacent, s’expriment en criant ou en chuchotant.

D’ailleurs, je finissais par les percevoir, les analyser et les faire collaborer comme si c’étaient en effet des êtres vivants.

Carnet de recherches avec mouillettes collées et observations manuscrites.
« J’attends de voir demain comment ça sent… »

Un projet qui se partage

Pendant ce temps-là, une petite équipe s’est créée, pour finaliser la création de la marque, de son logo, pour mettre en place les éléments de communication du projet sur le web et les réseaux sociaux – pour démarrer, Instagram puis TikTok : Caiden et Olivier m’ont rejointe, pour mon plus grand plaisir.

(Un projet existe un peu plus quand il est partagé, n’est-ce pas ?)

Ensemble, nous avons créé et produit progressivement de quoi expliquer la création du projet, pas à pas, depuis ses (presque) débuts. C’est un process continu qui ne fait que débuter. Il a vocation à accompagner le lancement officiel de la marque et la commercialisation de ses produits, dès 2027.

Parmi nos discussions, certaines, très structurantes pour l’identité et l’histoire d’Oxymore.Paris :

le choix définitif du nom, le dépôt de marque,

la confirmation du choix de l’URL pour le site web, puis du nom de compte pour les réseaux sociaux,

Le logo et ses déclinaisons

Le logo, son histoire, sa signification, ses sens cachés que nous adorons, l’origine de sa typo, ses déclinaisons…

Logo horizontal actuel d’Oxymore.Paris.
Le logo principal d’Oxymore.Paris.
Recherche du second logo pyramidal, cercle bleu.
Recherche du second logo pyramidal, cercle violet.
Recherche du second logo pyramidal, cercle orange.

Recherches autour du second logo pyramidal et de ses couleurs.

Second logo pyramidal d’Oxymore.Paris en noir sur blanc.
Le second logo, dans sa composition pyramidale.

les maquettes et concepts de packaging, de flaconnage, l’importance d’un atomiseur qui diffuse pleinement et très finement la fragrance,

Projet de trois étuis Essentielles : Air, Vanille et Terre.
Projet de coffret Oxymore Paris avec un sceau bleu.

Recherches de packaging — une étape du projet.

… 🙂

Sur ces sujets-là aussi, encore beaucoup de portes ouvertes, de projets en cours… et heureusement.

Trouver le juste sillage

Les maquettes réalisées de manière artisanale m’ont servi d’étalon, de référent, d’étoile du Nord.

En effet, lorsque j’ai briefé le partenaire industriel pour un premier jet d’échantillons autour du concept et des accords à produire pour les 7 jus, je n’avais envoyé à ce moment que mes écrits sur le concept, les notes, mes intentions et références.

Et c’est à mes maquettes maison que je me suis référée pour déterminer la proximité entre les échantillons reçus et l’idée initiale que je m’en faisais.

La première réception d’échantillons a été très décevante pour moi. Et cela m’a suffisamment déstabilisée pour que je remette en question la pertinence du projet dans sa globalité. Pendant 24 h. Mais quand même…

J’ai néanmoins passé plus d’une semaine à les sentir, les tester, les analyser finement, tenter de les comprendre et de les rapprocher – en vain, de mes intentions initiales. Tout ce travail était de qualité mais je ne reconnaissais pas mon projet, ni le nom des jus – car ils en avaient inventé d’autres, ni les matières utilisées, ni les intentions derrière les projets de création. Cette semaine a abouti à un débrief complet de chacun des échantillons, autant ceux voués à continuer dans le projet pour un deuxième round de création que ceux destinés à en sortir tout de suite.

C’est après une bonne discussion avec la parfumeuse de PCW et son équipe que nous nous sommes mis d’accord sur le fait que, si j’avais un projet précis en tête, il fallait que je les briefe précisément (pas faux…), en leur envoyant mes propres échantillons accompagnés de leur formulation précise et d’un nouveau brief détaillé précisant non pas seulement ce que j’avais fait mais ce que je projetais comme émotion et résultat final, les matières qui me manquaient, celles que j’avais surdosées, en quoi mes essais me plaisaient, ce que je souhaitais améliorer…

Essais personnels en flacons à pipettes et petits vaporisateurs étiquetés.
Mes maquettes maison et leurs échantillons, comme références pour le travail avec PCW.

L’objectif de ces débriefs et rebriefs était de retravailler sur deux types de propositions : l’une, dans les meilleurs délais, à l’aide de mes échantillons, et le plus fidèlement possible ; l’autre, en recadrant leur propre travail sur la base de mes premières impressions.

Le tout en imaginant que la perfection (celle d’Oxymore.Paris) naîtrait de la meilleure combinaison possible de nos travaux respectifs.

Le premier de ces nouveaux envois d’échantillons m’est parvenu hier.

Un enchantement.

Mes maquettes maladroites devenues plus rondes, enrichies et subtiles.

Derniers échantillons reçus de PCW, en flacons à capuchons blancs.
Les derniers échantillons reçus de PCW. Mes maquettes devenues plus rondes, enrichies et subtiles.

Mon rêve, je le tiens !… Il y aura encore cent discussions et hésitations mais je sais, maintenant, que dans quelques semaines, nous discuterons ensemble du sillage d’Oxymore.Paris.

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